← Toutes les destinations
Australie · Avril 2003

L'Old Ghan jusqu'à Alice Springs

Sur les traces de la ligne de chemin de fer abandonnée : Flinders Ranges, villes fantômes, l'Oodnadatta Track, 18 millions de mouches par personne, Uluru, Kings Canyon et les MacDonnell Ranges.

14 étapes au carnet58 photos

Carnet de route

Introduction

Avant de commencer cette partie, voici quelques lignes d'explication sur le trajet que nous allons suivre.

Nous allons longer l'Old Ghan Railway, qui a relié Port Augusta (South Australia) à Alice Springs (Northern Territory) de 1930 à 1982. Cette ligne a une histoire vraiment particulière, car elle a été une catastrophe à la fois économique et humaine, autant par le tracé choisi que par sa gestion. Elle est née d'une idée surprenante : faire pousser du blé jusqu'au centre de l'Australie (voir la photo de l'Oodnadatta Track !). Sa construction s'est faite en plusieurs étapes, avec à chaque fois d'excellentes raisons d'arrêter les travaux. La première portion reliait Port Augusta à Marree en 1883, puis la ligne est montée jusqu'à Oodnadatta en 1889. Son nom vient de « Afghan railway ». En effet, les Australiens de l'époque (des Anglais, en fait…) avaient fait venir des chameliers afghans (les « camel drivers », ou « chauffeurs de chameaux »…) du nord du Pakistan pour relier et approvisionner les différentes stations télégraphiques qui traversaient le continent du nord au sud (nous reviendrons sur le chapitre « télécommunications » un peu plus bas). Le chemin de fer a remplacé les bêtes à bosse et devait servir à descendre vers le sud (Adélaïde, Melbourne, etc.) le blé cultivé dans l'outback. Abandonnée depuis 1982, la ligne a été démontée et remplacée par la Central Australia Railway, qui longe plus ou moins la Stuart Highway.

Nous visitons aussi quelques « telegraph repeaters » (des ruines de stations télégraphiques) sur la fameuse ligne télégraphique qui reliait Darwin à Port Augusta (3000 km). Cette ligne n'était rien de moins que la liaison entre l'Angleterre et l'Australie via l'Asie, et elle ne suivait pas forcément le chemin de fer. Dans ces différents postes, tous plus isolés les uns que les autres, le travail des télégraphistes consistait à recevoir les messages d'un côté et à les renvoyer de l'autre : des répéteurs manuels !

Sur cette portion du voyage, nous faisons des détours par les Flinders Ranges, le désert de Simpson, Uluru (Ayers Rock) et les MacDonnell Ranges avant d'arriver à Alice Springs.

La route du nord, ou « Adelaide-Darwin », est une part importante de l'histoire de l'Australie, ou du moins de sa conquête. Flinders, Stuart, Warburton et Eyre sont des noms mythiques d'explorateurs qui ont ouvert la voie, principalement du sud vers le nord (Stuart, Warburton, Flinders) et vers l'ouest (Eyre). Il fallait oser !

1er avril

Port Augusta.

Nous commençons notre voyage « outback » dans la journée, avec pour objectif le Flinders Ranges National Park. Le nom de cette chaîne de montagnes vient de Matthew Flinders, arrivé en bateau à Port Augusta en 1802. Il la découvre mais ne l'explore pas. C'est Edward John Eyre qui, en 1839, se lance dans des expéditions à travers ces montagnes et découvre la plupart des endroits que l'on visite aujourd'hui dans le parc. Il doit renoncer à monter plus au nord, car il se retrouve à chaque fois face à un lac salé (aussi bien à l'est qu'à l'ouest ou au nord de la chaîne).

2-3 avril

Nous restons dans un des campings « basiques » du parc et rencontrons Suzi et Manfred, de la région d'Adélaïde. C'est aussi notre premier contact avec LES mouches de l'outback (environ 18 millions par personne !). Pour rendre le petit-déjeuner « vivable », nous devons installer notre moustiquaire carrée dehors et nous mettre dessous. Cela nous évite de manger 25 000 mouches collées sur nos tartines beurrées !

Ces deux jours sont rythmés par nos balades à vélo à travers ce parc magnifique.

4 avril

En continuant vers le nord, nous traversons la chaîne de montagnes et arrivons à Leigh Creek, une ville minière toute neuve et le dernier supermarché avant Ayers Rock. Le long de la route, nous voyons les restes de la voie ferrée (traverses pourries, petits ponts métalliques par-ci, par-là). Nous traversons aussi un village quasi fantôme, presque intact, de l'époque ferroviaire : Beltana.

Finalement, nous passons la nuit à Farina, un village en ruine, et premier contact concret avec cette idée de faire pousser du blé au milieu de l'outback. Farina est devenue en 1878 une petite ville de 300 habitants, avec sa gare bien entendu, une école, deux hôtels, une épicerie, une banque, la poste, une église et un cimetière (utilisé pour la dernière fois en 1960). Désertée en 1980, Farina est rapidement tombée en ruine (voir les photos).

Les mouches sont toujours au rendez-vous ! La région que nous traversons serait la pire de toute l'Australie pour ces insectes qui rendent la vie impossible pendant la journée. D'après les récits de l'époque, elles auraient rendu fou plus d'un ouvrier pendant la construction de la ligne. Heureusement, ces détestables bestioles s'en vont après le coucher du soleil.

5 avril

Départ pour Marree, la petite ville qui marque le début de l'Oodnadatta Track. Le paysage est désespérément plat, sec, salé et sans arbre (voir photo). Dans la journée, nous avons tout de même quelques distractions. Nous nous arrêtons au lac Eyre, 9700 km² de surface salée à 15 m sous le niveau de la mer. C'est d'ailleurs ici qu'un des records de vitesse en « voiture-fusée » a été établi. Nous rencontrons aussi un jeune couple qui voyage en ambulance ! Oui, oui, vous avez bien lu ! Ils ont acheté une vieille ambulance et l'ont transformée en camping-car. Ils ne manquent pas de place, mais le véhicule n'est pas forcément fait pour la piste : ils n'arrêtent pas de crever leurs pneus « légèrement » usés. Nouvelle surprise quand nous voyons au loin un chien immense et deux avions plantés dans le sol sur le nez. Non, nous n'avons ni fumé ni bu (ni les deux) ! C'est un gars qui a fait d'énormes sculptures en métal dans son petit jardin de quelques hectares au milieu du désert.

Le long de la route, nous passons devant plusieurs ruines de gares, avec leur système de dessalement de l'eau, et quelques « homesteads » (les maisons des fermes à moutons).

Remarque : il faut savoir qu'un des grands problèmes de l'Australie est le sel. D'immenses territoires ne sont pas cultivables, car le sous-sol, même s'il contient de l'eau, est salé. Dans la région que nous traversons, nous voyons des dépôts de sel partout, et toutes les sources sont salées. Le problème s'étend même à la région entre les Stirling Ranges et Wave Rock, plus à l'ouest, où les agriculteurs ont coupé toutes les forêts pour gagner de la surface cultivable. Les arbres retiendraient le sel dans le sous-sol et empêcheraient les remontées salines un peu partout. En gros, dans la région, l'eau douce est un bien précieux : c'est souvent uniquement de l'eau de pluie, donc « très » rare (120 mm par an… quand il pleut).

Nous passons la nuit à Coward Springs, une petite oasis au milieu de nulle part, entretenue par un couple venu s'installer ici ! Ils ont rénové la gare, qui est devenue leur maison. Le camping est fort sympa au milieu des palmiers, mais en plus des mouches le jour, il y a les moustiques la nuit ! Argh !

Notre nuit est interrompue par une visite des plus insolites : une mini chauve-souris vraiment mignonne a décidé de venir passer la nuit dans la voiture !

6 avril

Toujours la route du nord. Arrêt de quelques minutes à William Creek, ville de 12 habitants !

Nous continuons sur le dernier tronçon qui mène à Oodnadatta. En chemin, nous faisons un crochet de 20 km vers un lieu nommé Peake Telegraph Station. « Enfin de l'outback ! » se dit Paco, qui doit enclencher le 4x4. Cette station « repeater » était la plus isolée du South Australia.

Nous passons la nuit quelques kilomètres plus au nord, près du plus grand pont ferroviaire du South Australia (578 m de long), qui franchit la Neales River : Algebuckina. Le bush camping est agrémenté par nos amies les mouches, « of course », mais aussi par des moustiques d'une rare agressivité !

7 avril

Arrivée à Oodnadatta et à son « Pink Roadhouse ». En Australie, un roadhouse, c'est une station-service-bistrot-magasin-poste-bar, souvent avec camping… bref, le restoroute de la Gruyère en version simplifiée. Pour la première fois, nous sommes agréablement surpris de voir Aborigènes et Australiens vivre ensemble de manière harmonieuse. Nous discutons avec Adam, le patron du roadhouse et auteur d'un dépliant sur l'Oodnadatta Track, ses secrets, conseils et autres. Nous devons vraiment nous accrocher aux branches pour comprendre tout ce qu'il nous dit sur le trajet que nous voulons faire : la route qui mène au désert de Simpson.

Après avoir craqué pour des filets anti-mouches (voir photo), nous partons en direction de Dalhousie Springs, aux portes du désert de Simpson. Nous empruntons une piste 4x4 « même qu'on est contents qu'y pleuve pô trop » (aïe !! les lits de rivière !!).

Dalhousie Springs est en fait un « pool », une piscine naturelle à 37 °C ! C'est cool, car l'air est à 40 °C. Il faut savoir que le désert de Simpson peut atteindre sans problème 45-50 °C à l'ombre entre novembre et avril.

Nous arrivons sur place et allons « tester » cette piscine avec nos filets sur la tête (heureusement que le ridicule ne tue pas : ça permet de parler sans avaler 145 678 mouches à la seconde). La soirée est aussi animée qu'au pont d'Algebuckina… (vive les moustiques), mais en prime, nous avons droit à une tempête de sable à partir de 22 h !

8 avril

Nous rejoignons la Stuart Highway (la seule route goudronnée entre Port Augusta et Darwin) par une piste de 300 km pas drôle du tout, entre tôle ondulée et paysages monotones. Par contre, nous arrivons au pays de la terre rouge !

Arrivée au Kulgera Roadhouse, où nous rencontrons Manuel, un Allemand qui étudie à Sydney, et Yannick, un Franco-Australien qui commence à y travailler (en cuisine) le lendemain matin. La soirée est bien animée et bien arrosée… retour à la civilisation !

9-10-11 avril

Départ pour Uluru et Kata Tjuta (Ayers Rock et les monts Olga). Nous prenons pour la première fois la Stuart Highway ! 74 km jusqu'à l'embranchement de la Lasseter Highway, qui conduit à Yulara, le « village » touristique en bordure du parc d'Uluru-Kata Tjuta. En fait, Yulara est une petite ville créée pour le tourisme au milieu de rien : hôtels, camping, supermarché, poste, bar, Internet, station-service, etc. Le plus fou, c'est que les prix sont super corrects ! C'est même le carburant le moins cher depuis Port Augusta.

Nous y voilà : Uluru, la montagne mythique ! Eh bien… c'est vrai ! C'est vraiment impressionnant.

Bon, un petit topo sur le parc national d'Uluru-Kata Tjuta.

Ayers Rock et les Olgas ont été pris aux communautés aborigènes par le gouvernement australien de 1940 à 1985. Le premier Blanc à avoir découvert ces lieux est William Gosse, en 1873, lors des expéditions vers la côte ouest. L'année 1985 marque un changement radical dans la région. Primo, ce n'est plus Ayers Rock et les Olgas mais, comme durant les 10 000 dernières années, Uluru et Kata Tjuta (« beaucoup de têtes »). La terre a été rendue aux peuples aborigènes Yankunytjatjara et Pitjantjatjara, qui l'ont louée au gouvernement australien pour 99 ans afin d'en faire un parc national. Le parc est géré conjointement par les propriétaires traditionnels (« traditional landowners ») et Parks Australia. Le tout a été inscrit au patrimoine mondial en 1987 pour sa géologie unique.

Pendant ces deux jours, nous nous promenons autour de cette montagne magnifique et à Kata Tjuta, à 40 km d'Uluru. Vous l'imaginez bien : photos au lever et au coucher du soleil… tourisme oblige ! Par contre, il y a bien des endroits où les photos sont interdites, car les lieux sont considérés comme sacrés et utilisés par les communautés pour leurs cérémonies. Les Aborigènes demandent aux touristes de respecter leurs règles, en particulier pour les lieux sacrés. Cela comprend, bien entendu, le fait de ne pas monter sur Uluru. Inutile de vous dire que chaque jour, des colonnes de toutous grimpent sur le caillou !

C'est à ce moment-là que nous nous rendons compte que nous avons perdu la plaque arrière de Titine (probablement sur la piste entre Dalhousie et Kulgera). Eh bien, tant pis, nous roulerons sans plaque jusqu'à Alice Springs.

Dernières courses faites, nous quittons Uluru pour le Kings Canyon, plus au nord.

12 avril

Nous partons à vélo assez tôt du camping pour aller faire, quelque 10 km plus loin, une marche dans le Kings Canyon. La boucle fait environ 6 km sur les hauteurs. Superbe, mais chaud (40 °C… heureusement qu'il y a du vent !). À mi-parcours, nous descendons dans une gorge où se trouve une piscine naturelle d'eau douce et fraîche : tout ce qu'il fallait pour faire baisser la température corporelle ! (voir photo). D'après ce que nous avons pu lire ou entendre, la mer montait jusqu'ici il y a quelques millions d'années. Retour au camping à vélo, le vent dans le nez !

13 avril

Nous voilà sur la Mereenie Loop, la piste qui relie le Kings Canyon à Hermannsburg et à Palm Valley. Nous descendons dans Palm Valley et visitons ce lieu particulier à vélo. Cette gorge abrite les derniers arbres préhistoriques de la région, uniques au monde : des palmiers (« red cabbage palms ») et des cycas (voir photo). Ils ne pousseraient plus qu'ici, et il n'en resterait plus que 2000 « en liberté ». Cette région est en fait un vestige de ce qu'était la forêt pluviale à l'époque préhistorique.

14 avril

Nous partons dans le parc national des MacDonnell Ranges en passant par Hermannsburg. Ce village est une ancienne mission luthérienne, où a vécu Albert Namatjira, l'artiste aborigène qui, par ses peintures, a ouvert les yeux du monde sur les paysages de cette région.

Arrêt obligatoire à Redbank Gorge, que l'on surnomme « la cathédrale », car les rochers se touchent quasiment au sommet et cachent le ciel. Nous nous baignons et remontons ces « piscines » coincées entre des parois polies par le temps et l'eau. Vraiment impressionnant ! Malheureusement, nous n'avons pas de photos de l'intérieur de la gorge, car il faudrait un appareil photo étanche !

En fin de journée, nous nous arrêtons à Ormiston Gorge, au camping bondé !

15 avril

La journée commence à 8 h par une marche de 4 h à travers l'Ormiston Pound. Superbes vues !

Nous nous déplaçons de quelques kilomètres jusqu'à l'Ellery Creek Big Hole… une autre piscine naturelle. Nous restons pour la nuit au camping et profitons encore une fois d'une lune magnifique ! Quelle belle soirée !

16 avril

Dernière matinée dans les MacDonnell Ranges. Nous roulons ensuite jusqu'à Alice Springs.

Suite des aventures sur la Tanami Track !

Photos

Flinders Ranges & Oodnadatta Track 27 photos

De Dalhousie Springs à Uluru 15 photos

Kings Canyon & MacDonnell Ranges 16 photos