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Australie · Février – mars 2003

Kalgoorlie & le Nullarbor

Villes fantômes de la ruée vers l'or, Titine enlisée jusqu'au ventre près de Yamarna, 50 °C à l'ombre, puis la traversée infinie de la plaine du Nullarbor.

9 étapes au carnet35 photos

Carnet de route

17 février

Départ d'Esperance pour Kalgoorlie, la ville principale de cette région minière, où nous pensons retrouver le soleil. Nous commençons à rouler des distances « australiennes ». Nous nous arrêtons à Norseman. Cette petite bourgade porte en fait le nom du cheval qui aurait marché sur une énorme pépite d'or, ce qui aurait déclenché la ruée vers l'or dans la région.

Après avoir traversé un orage de 20 km de large, nous voilà de nouveau au sec… mais l'orage nous rattrapera le soir au camping… Argh !

18 février

Avant d'arriver à Kalgoorlie, nous visitons une ville « presque fantôme » : Coolgardie, vestige de la ruée vers l'or. De simple hameau, elle s'est rapidement retrouvée avec 15 000 habitants et les problèmes qui vont avec (eau, égouts, etc.). Aujourd'hui, l'activité minière a presque cessé et il ne reste plus que 150 âmes. Nous nous faisons arrêter par un policier qui patrouille dans les rues désertes (il n'avait probablement que ça à faire)… Le motif ? Le volant du mauvais côté et le panneau « Caution Left Hand Drive » trop petit à l'arrière. Ben tiens ! Bref, nous devons faire faire un panneau plus grand à Kalgoorlie, quelque 40 km plus loin.

L'après-midi est surtout consacré à organiser notre voyage dans l'outback, le vrai. Nous devons obtenir des permis pour traverser les territoires aborigènes et nous renseigner sur l'état des pistes qui mènent aux réserves naturelles que nous voulons visiter. Nous prévoyons de partir de Kalgoorlie vers Laverton par la Great Central Highway, qui mène à Alice Springs, puis de prendre vers l'est des pistes 4x4 (les anciennes « routes des bombes »), pour redescendre enfin vers le sud jusqu'à la Trans-Australian Railway, qui relie Kalgoorlie à Port Augusta à travers la plaine du Nullarbor. Cela représente environ 1000 km de pistes sans ravitaillement en diesel. Tout est en ordre, les permis sont demandés et le responsable du bureau des parcs et réserves naturelles est optimiste quant à l'état des pistes.

19 février

Nous voilà en route pour Laverton via Kookynie, un petit village où se trouve un barrage construit, encore une fois, à l'époque minière et jamais utilisé ! Nous campons près du barrage, où quelques emplacements rudimentaires ont été aménagés. L'endroit est perdu au milieu de nulle part et fort joli. Malheureusement, le calme et la sérénité du bush sont fortement ébranlés par l'arrivée d'une pelle mécanique qui vient creuser des trous pour les futures toilettes !! Rien que ça !! Pas de bol pour les Bidochon. Nous discutons avec le gars, tout gêné du boucan qu'il vient de faire, qui nous explique que le nouveau chef du district a débloqué des fonds pour aménager le camping : emplacements pour le feu, toilettes… hahaha, poubelles, etc. Heureuse initiative, « indeed », sauf qu'il aurait pu commencer deux jours plus tard !

20 février

Nous continuons la piste jusqu'à Laverton, où nous devons récupérer nos permis pour les zones aborigènes. Pour nous, la ville est le dernier point avec essence, eau et supermarché avant la piste qui mène à Neale Junction. Nous passons au poste de police pour avoir les dernières nouvelles sur l'état des routes : la veille, la Great Central Highway était coupée pour cause d'inondation ! Ça commence bien ! Après quelques minutes de discussion, les policiers ne peuvent pas vraiment nous renseigner précisément sur l'état des pistes que nous voulons emprunter. Bref, nous essaierons demain quand même ! En attendant, nous restons au camping du coin et faisons connaissance avec les mouches qui piquent et une sorte de scarabée puant ! Bonjour l'outback !

21-22 février

Le grand jour ! Les deux réservoirs sont pleins de diesel, les bidons d'eau et toutes les bouteilles sont remplis, le téléphone satellite est testé. Le but de la journée : aller jusqu'à Neale Junction via la station abandonnée de Yamarna (une sorte de ferme à moutons). Nous roulons une centaine de kilomètres et tout va pour le mieux : piste sèche et en relativement bon état, quelques flaques d'eau de temps à autre, mais rien de trop inquiétant. À une dizaine de kilomètres de Yamarna, c'est la plantée. Erreur de pilotage : des flaques d'eau des deux côtés de la piste. À droite, la gouille est assez grande ; à gauche, plus allongée et plus étroite. Nous nous décalons sur la gauche pour garder les pneus sur la partie sèche. Crac, un mètre de trop ! La voiture s'enfonce du côté gauche dans le terrain comme dans de la crème (voir photo). Il nous faudra plus de 3 heures de « débourbage » sous un soleil de plomb pour sortir les 3 tonnes du Land Cruiser chargé. Tout y passe : le treuil avec poulie de renvoi, les plaques de désensablage, la pelle, le cric, et beaucoup d'eau pour nous réhydrater. Nous restons à Yamarna pour la nuit, car nous n'en pouvons physiquement plus : la boue, c'est lourd ! Le lendemain, nous roulons quelques kilomètres avant de rebrousser chemin. La piste commençait sérieusement à être ravinée et encore bien humide. Le doute s'installe !

Nous rencontrons un technicien de Telstra (le Telecom du coin) venu faire l'entretien d'un relais téléphonique, la seule personne que nous ayons vue en deux jours ! Nous échangeons quelques infos et il nous dit qu'il a dû faire demi-tour la veille : il avait pris une piste plus au sud et était tombé sur des « lacs » de 200 m de long. Argh !!! C'est plus ou moins la direction que nous voulions prendre !

La décision est prise : nous faisons complètement demi-tour, car avec une seule voiture et des pistes détrempées, c'est beaucoup trop risqué. Nous irons voir la Trans-Australian Railway par le sud.

Retour d'une traite jusqu'à Kalgoorlie par la piste. Ce jour-là, nous avons vraiment regretté de ne pas avoir de climatisation. Il a fait jusqu'à environ 50 °C par endroits… et ce ne sont pas des degrés marseillais !

En chemin, nous avons même dû sortir un Aborigène planté avec sa voiture dans une flaque d'eau. Accrochez-vous : la voiture n'avait plus de pare-brise, ne démarrait plus et roulait sur la jante avant droite, et lui avait des béquilles et ne pouvait plus marcher ! Vous voyez le tableau ?!

Arrivés au camping, la bière fraîche n'était pas de trop. Longue journée pour les Bidochon, croyez-nous !

23-24-25 février

Nous redescendons de Kalgoorlie à Norseman et prenons l'Eyre Highway, surnommée en Australie « the f***ing long way ». Cette route traverse la plaine du Nullarbor (« sans arbre », en mauvais latin) et relie Norseman (Western Australia) à Ceduna (South Australia) : 1200 km de route sans grand changement de paysage. Pour illustrer : il y a un tronçon tout droit (vraiment droit) de 145 km.

Il nous faudra pas moins de cinq jours et quelque 1330 km pour arriver à Ceduna.

En chemin, nous avons vécu deux jours particuliers. Bien décidés à voir cette plaine et sa ligne de chemin de fer mythique d'un peu plus près, nous montons vers Forrest en quittant l'Eyre Highway pour une piste nettement meilleure que celles du nord. Nous dormons une nuit dans le bush, à côté des deux seuls arbres visibles à la ronde… Nous n'en savons rien, mais nous imaginons que Forrest vient de « for rest » (pour se reposer), d'où les deux R. Why not! Forrest se trouve en fait plus ou moins au milieu de la plaine. À l'époque, ce petit hameau servait bien sûr de gare, mais aussi de base aérienne militaire et de station météorologique. Une magnifique piste d'atterrissage est d'ailleurs toujours là. L'armée l'utilisait pour ravitailler en carburant lors des vols transcontinentaux. La station météo fournissait les informations au bureau météo de Perth, et un groupe de trente personnes (météorologues et familles) vivait en permanence sur place. Aujourd'hui, comme beaucoup d'endroits perdus au milieu du bush, la station a été mise de côté, voire abandonnée, par le gouvernement australien. La station météo est entièrement automatique et transmet les données à Perth par modem, et les avions militaires ne viennent quasiment plus. Le site a été racheté par un privé et il est géré par un couple qui vit sur place. Les maisons sont entretenues et ont été transformées en guesthouse ; la piste sert d'étape aux petits avions privés entre l'ouest et l'est (surtout pour le carburant), et un petit camping est à disposition. De plus, l'aérodrome sert de piste de secours aux aéroports d'Adélaïde, de Melbourne ou de Perth en cas d'urgence. Une des responsabilités du type sur place est de s'assurer que le balisage de la piste fonctionne en tout temps. Ça vous donne le niveau de stress dans le coin !

Nous avons passé une journée avec ce couple fort sympathique, qui aime la compagnie. Ils nous ont expliqué comment ils font pour le ravitaillement. Très simple ! Comme ils ont un accès Internet par VSAT (beaucoup plus rapide que bien des connexions en Europe), ils envoient le jeudi une liste de courses au supermarché de Kalgoorlie (à 500 km de là), qui prépare les paquets ; puis un coursier vient chercher le tout et le met dans le train de voyageurs du samedi, qui s'arrête de toute façon à Forrest. Voilà ! Simple, non ?

Autant vous dire que cette plaine est impressionnante : plate, et pas un arbre à perte de vue. Il faut vraiment vouloir vivre là-bas. Nous avons adoré !

26-27 février

Nous voilà de nouveau sur l'Eyre Highway. Cette fois, nous allons d'Eucla à Ceduna en nous arrêtant au « Great Australian Bight », où des falaises magnifiques plongent dans une mer pleine de dauphins (voir photo). Au passage, nous perdons deux heures et demie avec des changements de fuseau horaire incessants (ça vous donne une idée des distances). Finalement, nous devons faire le plein : 1400 km d'autonomie ! Pas mal, non ?

28 février – 3 mars

Petite escapade sur la péninsule d'Eyre, par Venus Bay et Baird Bay. Le temps est frais mais beau. Nous rendons visite à une colonie d'otaries dans un des parcs nationaux du coin.

Port Augusta sera un arrêt obligatoire pour la voiture : moins d'un mois, et nous devons déjà refaire le service… 5000 km déjà ?

3-5 mars

Nous descendons assez rapidement vers Adélaïde, puis Melbourne (juste 1028 km !), où nous aimerions prendre le ferry pour la Tasmanie. Une fois à Ballarat (100 km au nord-ouest de Melbourne), nous pensons tout de même à téléphoner à la compagnie de ferry pour voir s'il reste des places pour… le 5 mars… c'est-à-dire le soir même… Bien entendu, la réponse est NON ! Au minimum une semaine d'attente ! Vive les Bidochon. Nous décidons tout de même d'aller au port pour nous inscrire sur la liste d'attente. Le bateau part à 21 h et la liste d'attente ouvre à 18 h. Peu de chances pour nous, d'après la dame du guichet. À 20 h 30, nous allions partir en nous disant que c'était raté pour la Tasmanie, et nous commencions déjà à faire un autre programme, quand quelqu'un nous appelle depuis le guichet : « C'est bon, j'ai juste deux places passagers et une pour la voiture ! »… Yes! Gotcha!

Formalités faites en vitesse, et nous voilà devant le bateau, prêts à monter à bord. Ouf ! C'était juste, cette fois-ci.

Suite des aventures en Tasmanie !

Photos

D'Albany à Wave Rock 6 photos

Coolgardie, Yamarna & outback 14 photos

Nullarbor, Great Australian Bight & Eyre 15 photos